>Ma Terre / Environnement|Frédéric Mouchon (avec Emilie Torgemen)| 08 octobre 2018, 5h59 |26

Au Pakistan, en octobre 2018. Un demi-million de personnes ont été forcées de partir de la province du Baloutchistan, chassées par la sécheresse. AFPAu-delà de 1,5 °C de réchauffement, les impacts seront catastrophiques préviennent les scientifiques du Giec dans leur nouveau rapport. Les effets se font déjà sentir.

Le temps du constat est fini, il faut d’urgence passer à l’action. C’est la sonnette d’alarme que tire le Giec, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. Ces scientifiques ont publié dans la nuit de dimanche à lundi un nouveau rapport décrivant par le menu la différence entre un réchauffement déjà terrible de 1,5 °C et celui franchement catastrophique de 2 °C fixé comme plafond par la COP 21 à l’horizon 2100.

Ce petit demi-degré change tout : dans un cas 350 millions d’humains « seulement » seront confrontés à des inondations, pour 410 millions dans l’autre. L’hypothèse numéro 1 entraînerait la mort de « seulement » 70 % des récifs coralliens, l’hypothèse deux signifierait la disparition totale de ces habitats sous-marins exceptionnels. Pareil pour l’extinction des espèces vertébrées qui passerait de 4 % à 8 %. Plus visible et plus symbolique, en cas de hausse moyenne de 1,5 °C, les marins traverseraient le pôle Nord sans voir le moindre morceau de banquise un été par siècle « seulement » contre un été tous les 10 ans en cas de hausse moyenne de 2 °C.

Les ONG réclament un big bang écologique

Il faut « un big bang écologique pour limiter le réchauffement » réclame le WWF (Fonds mondial pour la nature). Et pour cause. Selon les dernières projections, même le scénario catastrophe du Giec est aujourd’hui hors de portée : si des efforts drastiques ne sont pas engagés, la hausse globale des températures sera plutôt de l’ordre +3 °C.

Les effets de ce dérèglement sont d’ailleurs déjà largement visibles, au point que les chercheurs admettent aujourd’hui en avoir peut-être sous-estimé l’ampleur. « Les choses que les scientifiques avaient promises pour le futur sont en train de se produire » résume Jennifer Morgan, la directrice de Greenpeace International.

« Il suffit de regarder autour de soi en France : nos côtes sont de plus en plus fragiles à cause de la montée des eaux et de l’érosion, les glaciers reculent, la saison d’enneigement des stations diminue, les étés sont de plus en plus chauds et les cyclones de plus en plus violents », énumère le climatologue Jean Jouzel, ex-vice-président du Giec.

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2018 année la plus chaude

2018 devrait d’ailleurs figurer sur la liste des années les plus chaudes jamais connues en France. « La température moyenne calculée sur les neuf premiers mois de l’année établit un nouveau record cette année avec 14,47 °C, soit 0,05 °C au-dessus des neuf premiers mois de 2003 » détaille le prévisionniste Frédéric Decker, du site MeteoNews.

« Chaque dixième de degré de réchauffement supplémentaire porte en lui un risque de vie ou de mort, s’alarme l’ONG écologiste Oxfam. A +1,1 °C aujourd’hui, nous assistons déjà à des déplacements massifs de population et à une grave augmentation de la faim. Si le réchauffement atteint 2 °C, des communautés entières seront déplacées et de nombreuses populations insulaires disparaîtront sous les vagues. »

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » la célèbre phrase de Jacques Chirac date de 2002. Mais alors que les émissions de CO2 de la France ont continué à augmenter en 2017, les climatologues aimeraient enfin voir les mots traduits en actes.

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« La loi de transition énergétique est très ambitieuse mais encore faut-il respecter ses objectifs, souligne Jean Jouzel. Pour nos transports, nos déplacements, nos habitations, il faut inventer une société sobre en carbone. Les entreprises, les régions, les villes, l’Etat… Tout le monde doit se mettre en marche. »

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